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Les métropolitains.

Ils forment une communauté culturelle constituée.

Jacqueline Andoche, anthropologue, et Azzedine Si Moussa, universitaire, livrent leur regards sur les métropolitains de la Réunion.

Jacqueline Andoche, anthropologue, a étudié les métros en tant que “population migrante”, à la demande de l’Agence nationale pour la cohésion sociale. Elle estime qu’ils forment une communauté culturelle constituée. Ce n’est pas l’avis d’Azzedine Si Moussa, maître de conférences en sciences de l’éducation. Selon lui, les métropolitains ne font qu’appartenir à une classe sociale au pouvoir d’achat élevé. Regards croisés.

– Comment expliquez-vous le peu d’études sur la communauté zorey ?

Jacqueline Andoche: le sujet reste tabou et politiquement incorrect, alors que les recherches sur la communauté tamoule ou sur les origines africaines des Réunionnais sont légion… Sans doute parce que, dans la représentation collective, le zorey est associé historiquement au pouvoir, depuis la colonisation mais aussi depuis la départementalisation.

Azzedine Si Moussa: en France, parler de communauté demeure risqué; c’est presque un délit, comme l’atteste l’interdiction des statistiques ethniques. Il faut lever les tabous, tranquillement, en posant les bonnes questions tout en prenant garde à l’ethnicisation des propos.

Existe-t-il une communauté zorey ?

J. A. Tout à fait. Ce n’est pas qu’une collection d’individus ; la communauté est bien réelle, fondée sur sa propre identité locale et dans un contexte créole. Les  z’oreilles qui vivent ici ont adopté, plus ou moins selon les niveaux d’intégration, les moeurs réunionnaises: régime alimentaire, vêtement, langue…

A. S. M. Je suis plus réservé. Je n’ai pas l’impression que les choix de vie des  z’oreilles, comme le fait par exemple d’habiter à Saint-Gilles, relèvent de décisions communautaires. Les motivations sont ici tout simplement climatiques ; elles peuvent être également liées à la question du pouvoir d’achat, dans les loisirs, ou à l’appartenance à telle ou telle classe sociale.


– On parle bien de communauté zarabe ou malbaraise…

A. S. M. Ce sont des communautés instituées. Les  z’oreilles ne sont pas structurés autour de symboles marquants comme la religion. On ne retrouve pas chez eux ces règles d’ouverture et de fermeture, propres aux communautés zarabe et malbaraise. Je pense aux rassemblements religieux musulmans ou hindous, où l’interaction est quasiment monoculturelle.

J. A. Je sens, malgré tout, un sentiment d’appartenance à une communauté. Tous reconnaissent une certaine solidarité : beaucoup s’entraident pour l’hébergement, le prêt des voitures, la garde des enfants… A rebours, les familles que j’ai rencontrées dénoncent ceux de leurs semblables qui ne se mélangeraient pas. Ils les dénomment “métros”, associés aux chasseurs de prime de passage sur l’île, tandis qu’eux se considèrent comme des ” z’oreilles” désireux de s’intégrer.

– Les  z’oreilles sont-ils bien acceptés ?

A. S. M. Il me semble qu’on voit moins de graffitis “Zorey deor” sur les murs; mais le débat est toujours présent dans les discours des politiques ou dans les forums des sites Internet. Il renvoie à la question de l’emploi et de la préférence régionale, voire – et c’est difficilement avouable dans une pseudo-société multiculturelle – à une certaine forme de racisme.

J. A. En ce qui concerne les  z’oreilles, ils se sentent acceptés et célèbrent l’hospitalité des Réunionnais, qu’ils opposent aux relations conflictuelles entre les populations noire et blanche des Antilles françaises. Le regard des Réunionnais est plus complexe : je pense qu’il y a toujours un rejet latent des  z’oreilles, assimilés aux fonctionnaires, dont on dénonce les avantages… Mais dont on voudrait aussi bien faire partie.

Source modifiée de Laurent Delcroix

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