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Les jours d’avant et d’après l’abolition.

À l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, nous vous proposons une plongée dans les jours précédant l’abolition de l’esclavage à travers le journal d’alors, la Feuille de la Guyane française. Un constat froid et édifiant, il y a 168 ans.

On pourrait dire que ça a commencé en 1796, lors de la première abolition de l’esclavage (rétabli en Guyane en 1803), ou de la Monarchie de juillet, qui tendait vers cette abolition sans oser franchir le pas. Mais nous débuterons par le 6 mai 1848, dans la Feuille de la Guyane française, le journal de la colonie. Ce jour-là, la nouvelle de la révolution qui s’est déroulée à Paris fin février a enfin traversé les océans. Le gouverneur André-Aimé Pariset le proclame : « Le Roi et la famille royale se sont réfugiés en Angleterre. Les ministres […] sont en fuite. Un gouvernement provisoire a été installé. »
AFFRANCHISSEMENTS ET MARRONAGES
À part ça, la vie suit son cours en Guyane. Les « Déclarations de marronages » pointent du doigt « Rémy, noir de culture, à Mme Aubanel » et « Marie-Victoire, appartenant à la demoiselle Marie-Noelline Dubois » , « partis marron » . La rubrique « Noirs à faire sortir de la geôle par leurs maîtres » comprend deux noms : Thomas et César. Plus loin, figurent les rachats forcés (une loi de 1845 permet aux esclaves d’acheter leur liberté) : Edouard-Toussaint, appartenant à MM. Jambes et Blanchard, a été racheté 400 francs par sa mère, Victorine, esclave des deux mêmes ; Rose, elle, s’est rachetée, moyennant 500 francs (à titre de comparaison, un kilo de sucre vaut 36 centimes). Les demandes d’affranchissement sont au nombre de 25 ; les esclaves ont de 10 à 62 ans. Page suivante, on peut lire le compte rendu du « conseil colonial » . Les travaux sont votés : 28 000 francs pour la création d’un atelier de discipline au Trio ; travaux pour les routes de Stoupan et Dégrad-des-Cannes ; extraction des herbes à la crique Racamont… Pour cette dernière, le rapporteur estime qu’on pourrait économiser en confiant ce travail « aux Noirs (du domaine) de la Gabrielle, en ce moment inoccupés » . Le souffle de l’histoire retombe dans les éditions suivantes. Le 13 mai, on note 11 rachats forcés. Le 20 mai, 38 demandes d’affranchissement, dont celui de Denis, 75ans. Mais le 10 juin, la nouvelle tombe : l’esclavage sera aboli dans deux mois.
L’abolition, entre paternalisme et menaces
Plongée dans les jours précédents l’abolition de l’esclavage à travers le journal d’alors, la Feuille de la Guyane française. De la proclamation à l’abolition effective.
Le 10 juin, le commissaire général de la République André-Aimé Pariset proclame l’abolition de l’esclavage dans un délai de deux mois. L’Assemblée nationale a été chargée de quantifier l’indemnité des colons. « Vous pouvez compter sur sa bienveillance et sa justice. » On peut se dire que Madame veuve Trabaud aura manqué de flair en demandant l’affranchissement de quatre de ses esclaves le… 9 juin. En fait, jusqu’à l’abolition effective, le 10 août, on en recense encore 49. Parmi eux, l’esclave dénommé « Premier » que la propriétaire, la veuve Magloire, renomme « François » , conservant son patronyme comme nom de famille. Le nouveau citoyen s’appellera donc François Premier.
NI INDOLENCE, NI OISIVETÉ
Le 15 juillet, Pariset publie une proclamation « aux noirs de la Guyane française » , qu’il commence par « Mes amis » . « Être libre, ce n’est pas être indépendant de toute obligation » , commence-t-il. Il rappelle que les anciens maîtres, « dans un esprit de fraternité et de conciliation » , ont discuté « des conditions auxquelles vous pourriez consentir à leur louer votre travail » . Ajoute que s’ils demeurent dans leurs cases, ils devront au propriétaire « un loyer ou un temps de travail » . Le commissaire les incite à rester dans celles-ci. Parce qu’ils y sont habitués mais aussi car sur ces biens, se trouvent des vieillards et infirmes. « L’humanité vous fait un devoir […] de leur prêter aide et assistance. »
Il leur déconseille de partir « faire des vivres sur de petites plantations » . Ce serait mauvais pour eux (les prix baisseraient) et pour la colonie. Il annonce la création d’ateliers nationaux, pour employer les sans-emploi et prévient : ceux qui s’abandonneraient « à l’indolence ou l’oisiveté » ou « s’installeraient sur les terres de l’État » seront arrêtés.
À la fin de l’été, les récoltes sont menacées. Des propriétaires n’ont pas « les avances nécessaires […] pour payer les travailleurs, ceux-ci refusant toute rémunération en nature » .
Pariset annonce le déblocage de 100 000 francs pour aider les propriétaires ruraux. Le 10 août, l’abolition est effective. Dans la feuille du 12, un auteur anonyme parle de danses, de jeux et d’acclamations pour les représentants du pouvoir.
Source : france guyane

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