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Développer le BMX.

Manon Valentino ne fait pas les choses à moitié.

À 26 ans, la pilote française, finaliste aux Jeux à peine un an et demi après une grosse blessure, a une multitude de projets en tête, comme celui de développer le BMX en Guadeloupe.

Elle avait bien droit à un peu de vacances. Après un rythme effréné qui l’a vu enchaîner les compétitions ces derniers mois et passer tout prêt d’un exploit à Rio, Manon Valentino peut souffler. « Il y a tout qui retombe. Ça m’a occupé la tête si longtemps. Je me suis pris un bon mois et demi de repos que j’ai mis à profit pour voir mes proches, vivre un peu une vie pleine d’excès. Mais le sport me manque beaucoup. »
L’entraînement reprend en ce début octobre mais la pilote de BMX va aussi faire le bilan de son expérience au Brésil. « C’est l’une des plus belles histoires de ma vie. Partager ça avec tous les athlètes de tous les sports. Être dans le même bâtiment français, croiser des gens sans arrêt. On a vécu notre plus grande compétition, tous ensemble. Je leur ai dit : « Vous vous rendez compte qu’on peut vivre ça qu’une fois dans une vie ? » »
La magie des Jeux avait sans doute encore plus d’effet sur cette jeune Provençale d’origine guadeloupéenne, quand on voit le chemin parcouru en l’espace d’un an et demi. Une grosse blessure à la cheville en mars 2015, puis deux autres, ont mis en péril son rêve olympique. « Je savais que ça allait être très difficile mais que c’était possible si je ne lâchais à aucun moment, et j’en ai eu la confirmation. J’ai connu une préparation horrible, avec beaucoup de retard. J’ai fait un résultat au mois de mai 2016 à la dernière Coupe du Monde pour avoir mon ticket pour les Championnats du Monde. Et là, j’ai à nouveau percé pour valider ma place aux JO. »
Alors une fois aux Jeux, autant tout donner. « J’ai dépensé beaucoup d’énergie pour passer. Dans ma manche qualificative, j’avais trois (futures) médaillées, le niveau était très relevé. »
Et quitte à atteindre la finale olympique, pas question d’être impressionnée. « C’était une course avec des enjeux, magique parce que le site était encore plus beau qu’avant, il y avait du monde, on passait à la télé, mais une course normale. » Avec la médaille en tête, Manon a donc cherché à se placer avec les favorites dès le début. Mais une mauvaise réception sur une bosse l’a faite rapidement chuter, et renoncer au podium. « Je visais vraiment une médaille, et je pense que c’était possible. Je suis une finaliste pure et dure. Donc j’ai tout tenté, parce que je savais que si je pouvais sauter la bosse où je suis tombée, j’aurais pu atteindre la médaille. »
FAIRE BRILLER LE BMX EN GUADELOUPE
Multiple championne de France, dont cette année en contre-la-montre, Manon Valentino a donc profité d’un engouement médiatique et populaire pour son sport aux Jeux. « Ma mère m’a dit que c’était la deuxième épreuve la plus vue, après Teddy Riner » , note-telle sur sa finale. Mais selon elle, ça ne doit pas cacher un cruel manque de moyens, notamment de communication autour des athlètes. « Le BMX est très populaire, mais personne ne nous connaît nous. Moi, des gens m’ont reconnu parce qu’ils ont adoré nous regarder pendant les Jeux, et je suis facilement reconnaissable avec mes cheveux! On connaît Joris (Daudet) parce qu’il était aux JO en 2012, mais c’est tout. Le gouvernement, la fédération font des choses pour nous, mais pas forcément de la meilleure des façons. Ils sont là à vouloir nous aider, nous motiver, mais on veut qu’ils nous traitent comme une entreprise, qu’ils investissent sur nous. Quand je vois comment le cyclisme est développé en Angleterre ce n’est pas du tout la même chose. Et sur la piste, les Anglais ont presque raflé toutes les médailles. »
C’est son travail dans une société de construction sur Paris qui permet à la jeune femme de vivre depuis trois ans. Mais c’est bien le BMX qui va déterminer son avenir professionnel : une fois un diplôme d’État en main, Manon se verrait bien développer son sport en Guadeloupe, où vit une grande partie de sa famille, « surtout ma grand-mère que j’appelle régulièrement. »
Pour celle qui arbore le numéro 971 sur son maillot, l’île a de nombreux attraits. « Je connais mon sport par coeur, et la Guadeloupe investit de plus en plus dans le cyclisme. Ils ont refait une piste cette année (au vélodrome, NDLR), qui est magnifique. Je rêve de pouvoir y aller, de rencontrer les jeunes qui sont là-bas. Ils ont connu une grosse période difficile, où ils n’ont pas pu faire de vélo faute de piste. Ils m’ont appelé à l’aide, et je ne pouvais rien faire. J’aimerais que le club puisse se développer, que les athlètes puissent s’entraîner comme nous. Aujourd’hui, je remets en place ma vie pour les prochaines années, et quand j’arrêterai ma carrière, j’aimerais pouvoir intervenir encore plus. » Elle apprécie notamment la mentalité des Guadeloupéens dans le BMX, qui « gardent le côté plaisir » et regrette de voir en Métropole « des gamins de 14 ans qui font de la muscu. Elle est où l’insouciance, l’envie de faire du vélo et de s’amuser ? »
DÉPART POUR L’ESPAGNE
La reprise de l’entraînement approche, mais Manon n’a pas de compétition en vue cette année. Elle va d’abord se concentrer sur sa santé, soigner ses problèmes au pied, « une année de préparation pour la préparation, pour ne être dans la même situation dans quatre ans » , et concrétiser ses projets personnels. Faire le plus possible de vélo, et quitter son centre d’entraînement de Saint-Quentin-en-Yvelines, au moins pour l’hiver, et partir s’installer… en Espagne. Direction Alicante, où Manon Valentino profitera de « quatre ou cinq pistes de BMX, un vélodrome, un backpark pour faire du VTT. Il y a des bons pilotes qui habitent là-bas, ils ont des bons projets pour le sport. Et il y a aussi la plage! J’espère y rester jusqu’à mars-avril, puis je rentrerai à France pour mon diplôme et la compétition. Mais j’envisage d’y retourner l’hiver d’après, et m’y installer un peu plus pour de vrai. J’ai l’opportunité de bouger et je tiens à faire ce que je veux! »
Source : ALP (Agence Locale de Presse)

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