masoneria

Implantée vers 1745 par les colons.

La maçonnerie guadeloupéenne va connaître, outre les soubresauts imposés par l’Histoire, toutes les étapes qui ont mené à l’abolition de l’esclavage.

A quand remonte l’apparition de la franc-maçonnerie en Guadeloupe?

La première loge, nommée Sainte-Anne, voit le jour dans la ville du même nom en 1745. Soit sept ans après la création de la première loge coloniale, située en Martinique. Une apparition précoce qui s’explique par le succès du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les îles, mais aussi par l’engouement que connaît la franc-maçonnerie dans la société du XVIIIe siècle.

Qui sont ces premiers francs-maçons?

Ce sont des gens «aventureux», qui se déplacent beaucoup, ce qui est assez caractéristique de cette époque. Des commerçants, des propriétaires de plantations ou des militaires gradés, tous issus de la grande bourgeoisie ou de la noblesse. Certaines loges sont même créées par des officiers à bord des navires. C’est le cas, par exemple, de la loge des Zélés de l’Union parfaite des volontaires de l’Union, fondée en 1779 par l’équipage du vaisseau l’Union, avant son départ de la Réunion. Sélectionnés en fonction de leurs moyens et de leur position sociale, les francs-maçons se regroupent entre grands Blancs, excluant même les petits Blancs et les mulâtres. Exception faite du Chevalier de Saint-Georges.

Quelles sont leurs activités?

En l’absence de salons, très prisés à cette époque, les ateliers deviennent des espaces de fraternité où les maçons parlent du pays et font face à l’isolement. Ce sont des lieux d’échange où sont évoquées les idées des Lumières venues de métropole.

Comment ont-ils vécu la Révolution loin de la métropole?

En direct! Les tensions sont très vives à ce moment-là, car les esclaves commencent à se révolter au nom des idées de la Révolution française. A cela s’ajoute une occupation anglaise en Martinique. Dans un tel contexte, de nombreuses loges sont mises en sommeil, des temples incendiés, des maçons tués. Certains choisissent l’exil, aux Etats-Unis, à Cuba ou encore à Trinidad, où ils vont créer des loges. C’est le cas, notamment, d’Alexandre de Grasse-Tilly, contraint de quitter Saint-Domingue, en 1793, pour Charleston. De retour à Paris, il fonde, en 1804, la Grande Loge générale écossaise, bientôt rivale du Grand Orient de France, et réussit à faire imposer le rite écossais ancien et accepté. Un rite composé de 33 grades, toujours en vigueur actuellement.

Que se passe-t-il quand Napoléon arrive au pouvoir?

Les loges vont rouvrir progressivement, en métropole comme dans les colonies, car Napoléon a décidé de protéger la franc-maçonnerie. Mais c’est pour mieux contrôler les élites. Lui n’a jamais été maçon – en tout cas, nous n’en avons pas la preuve. En revanche, tout son entourage l’était. Son frère Joseph, par exemple, prend la direction du Grand Orient de France dès 1804. Les loges, prudentes, propagent alors les idées de l’Empereur, sous la responsabilité des hauts représentants du pouvoir napoléonien. Les colonies, plus lointaines, sont particulièrement concernées. Plus question, par exemple, de contester l’esclavage, aboli pendant la Révolution, puisque Napoléon décide de le rétablir en 1802. Joséphine de Beauharnais, issue d’une famille de planteurs martiniquais, n’est pas étrangère à cette décision.

Justement, quelle est la position des francs-maçons sur l’esclavage?

La question est soulevée en France dès 1788 par la Société des amis des Noirs, face aux propriétaires de plantations qui, eux, vont constituer le club Massiac, du nom de l’hôtel parisien où ils se réunissent. Le courant antiesclavagiste, bien que minoritaire dans la société française, va perdurer au sein de la franc-maçonnerie et peu à peu se renforcer. Pour enfin s’imposer, cinquante ans plus tard. En 1834, la Société pour l’abolition de l’esclavage est mieux acceptée que la défunte Société des amis des Noirs. Il faut préciser que les îles sont alors jugées moins intéressantes d’un point de vue économique, en partie parce que l’essor de la betterave diminue l’intérêt de la canne à sucre, et donc de l’esclavage. Apôtre de l’abolition de l’esclavage, le maçon Victor Schœlcher (lire l’article : Victor Schœlcher, militant révolutionnaire) parvient à réaliser son projet, le 27 avril 1848, alors qu’il est sous-secrétaire d’État à la Marine dans le gouvernement provisoire de la IIe République.

A quel moment le décret du 27 avril 1848 est-il proclamé en Guadeloupe?

C’est le gouverneur Jean-François Layrle qui, à cause des fortes tensions qui règnent dans l’île à ce moment, décrète l’abolition de l’esclavage, le 27 mai 1848. Sans même attendre le commissaire général envoyé par le gouvernement provisoire pour promulguer le décret.

Que deviennent alors les anciens esclaves?

C’est une question qui se pose fondamentalement. D’autant plus qu’un second domaine colonial va s’étendre vers l’Afrique et l’Indochine. Trois solutions se présentent: l’assimilation, l’indépendance ou l’association. La plupart des maçons, soucieux de servir un idéal de civilisation occidentale humaniste, choisissent l’assimilation des colonisés. Par européocentrisme – sentiment de supériorité largement répandu chez les Occidentaux – ils désirent faire bénéficier les autres peuples du «progrès». Mais certaines populations, attachées à leur culture et à leurs traditions, tiennent à les conserver. Le choc de la Première Guerre mondiale fait prendre conscience aux francs-maçons de cette réalité. Ils vont donc, pour la plupart, s’orienter vers un autre principe, celui de l’association, sorte de compromis entre l’assimilation et l’indépendance. L’Union française, dont l’esprit avait été défini par le maçon Félix Eboué, concrétisera ce choix après la Seconde Guerre mondiale. Finalement, la plupart des territoires obtiendront leur indépendance à partir des années 1950-1960.

Et aux Antilles?

Ce problème ne se pose pas, car, une fois l’esclavage aboli, les colonisés vont s’intégrer progressivement. Contrairement aux colonies plus récentes, qui optent pour l’indépendance, les Antillais sont les descendants d’esclaves déportés d’Afrique. Loin de leurs origines, ils vont très vite se sentir français.

Cette intégration va-t-elle aussi concerner les loges maçonniques?

Oui, et c’est une nouveauté: un plus grand nombre de Métis et de Noirs va entrer en maçonnerie. Mais les loges se heurtent à l’influence de l’Eglise catholique, encore davantage vers la fin du XIXe siècle, époque où les idées républicaines commencent à se propager. Cette dernière, qui a très tôt diabolisé la franc-maçonnerie, va poursuivre ses attaques. Notamment à partir de 1877, date à laquelle le Grand Orient met fin pour ses membres à l’obligation de croire en Dieu, au nom de la liberté de conscience. Les nouvelles élites locales, souvent formées dans les écoles religieuses, ne vont donc pas se diriger facilement vers une franc-maçonnerie anticléricale. Et le recrutement au sein des loges va parfois s’en ressentir.

En 1940, c’est cette fois le régime de Vichy qui s’attaque aux maçons. Comment ces derniers vont-ils réagir outre-mer?

C’est vrai, une loi va interdire, en août 1940, les réunions maçonniques, en métropole comme dans les colonies. Certaines d’entre elles, comme les Antilles ou la Guyane, vont rester plus longtemps sous le contrôle de Vichy, tandis que d’autres passent rapidement à la France libre. C’est le cas de la Réunion, en 1942. A la suite de l’annulation de cette loi, en décembre 1943, la réouverture des loges va se faire progressivement.

Le chevalier de Saint-Georges, frère d’exception

Mulâtre né en Guadeloupe en 1739, adopté par la noblesse pour ses multiples talents, il fut le premier franc-maçon noir de France.Ce personnage hors du commun semble tout droit sorti d’un roman d’Alexandre Dumas. Natif de Guadeloupe, il n’est pas seulement le premier franc-maçon noir de France, mais également un homme aux multiples talents qui a marqué le siècle des Lumières. A Paris, la rue Richepance – général qui a rétabli l’esclavage dans les colonies sur ordre de Napoléon – a d’ailleurs été rebaptisée «rue du Chevalier-de-Saint-George».
Né en 1739, à Basse-Terre, d’une esclave d’origine sénégalaise et d’un planteur noble, le jeune Joseph Boulogne de Saint-Georges suit son père à Paris, où il étudie auprès des meilleurs professeurs. Bien que mulâtre, il est vite adopté par l’aristocratie. Excellent danseur, séducteur, et surtout escrimeur, musicien et compositeur hors pair, il se verra plus tard attribuer le surnom de «Mozart noir». Comme lui, il est franc-maçon. Probablement affilié à la loge des Neuf Sœurs, à Paris, il semble avoir été initié discrètement en raison d’une ségrégation qui vise les Noirs comme les métis. La reine Marie-Antoinette fait pourtant de ce chef d’orchestre reconnu son directeur de musique, puis le nomme à la tête de l’Opéra royal. Un poste qu’il ne conserve pas longtemps, car certains artistes s’y opposent. Homme des arts mais aussi des armes, il s’engage dans la garde nationale quand éclate la Révolution, en 1789. Trois ans plus tard, le voilà chargé de former un corps de troupe de mille hommes de couleur, qui deviendra la «légion Saint-Georges». Drôle de coïncidence: l’un de ses chefs d’escadron, un mulâtre nommé Alexandre Dumas, n’est autre que le père du futur auteur des Trois Mousquetaires

Source modifiée de wmaker

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